STOP PILLAGE

NON À L’INITIATIVE DE L’UDC
LE 27 SEPTEMBRE

Défendre la neutralité, c’est défendre un pilier de l’impérialisme suisse

Le 27 septembre, refusons l’initiative dite « pour une Suisse neutre et indépendante ». L’initiative de l’UDC vise à inscrire dans la Constitution le principe d’une neutralité « perpétuelle et armée ». Derrière cette formule se cache la volonté de maintenir une neutralité en toutes circonstances tout en renforçant les capacités militaires de la Suisse, au nom du droit à l’autodéfense. Selon ses promoteurs, cette initiative permettrait de préserver l’indépendance du pays, de garantir sa sécurité et de consolider son rôle de médiateur sur la scène internationale. Elle se présente ainsi, de prime abord, comme un projet au service de la paix.

L’initiative est pourtant portée par des figures parmi les plus militaristes de la droite helvétique, à l’image du conseiller national Jean-Luc Addor, président de l’association ProTell, qui milite en faveur de l’élargissement du droit au port d’armes. Ce dernier avait d’ailleurs déjà déposé en 2017 une initiative parlementaire visant à assouplir la législation en la matière. Loin d’incarner un projet pacifiste, l’initiative de l’UDC cherche à réhabiliter l’armée, renforcer l’appareil sécuritaire de l’État et consolider l’un des principaux instruments de l’impérialisme suisse : la neutralité.

Depuis plus d’un siècle, la classe dirigeante suisse présente la neutralité comme une tradition humaniste, pacifique et désintéressée. La Suisse serait un petit pays sans ambitions coloniales, un médiateur au-dessus des conflits, un refuge pour la diplomatie et la paix. Cette image relève davantage du mythe national que de la réalité historique. Elle sert avant tout à masquer l’agressivité de l’expansion des multinationales et des banques suisses à l’étranger.

La Suisse n’a jamais été étrangère aux ambitions coloniales

Les élites suisses ont longtemps nourri des ambitions expansionnistes. Deux exemples suffisent à le démontrer. En 1863, le conseiller fédéral Jakob Dubs imagine un vaste projet géopolitique pour la Suisse : un État dont le territoire s’étendrait de Bâle à Nice et Venise, offrant à la Confédération deux accès maritimes et multipliant sa superficie par quatre. Ce projet, aujourd’hui oublié, rappelle que les classes dirigeantes suisses n’ont jamais été étrangères aux rêves de puissance. Quelques décennies plus tard, en pleine Première Guerre mondiale, le général Ulrich Wille adresse un mémorandum au conseiller fédéral Arthur Hoffmann dans lequel il préconise une entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne. Convaincu de la victoire allemande, il espère qu’une participation suisse permettrait d’obtenir un accès à la Méditerranée, voire certaines possessions coloniales françaises comme Madagascar. Ces projets n’ont finalement pas abouti. Non pas parce que les élites suisses auraient été animées par un idéal pacifiste, mais parce qu’elles ont progressivement compris qu’il existait une stratégie plus efficace, moins risquée et plus rentable : la neutralité.

La neutralité : une arme aux mains des capitalistes suisses

À partir de la Première Guerre mondiale, la bourgeoisie suisse comprend que la neutralité n’est pas un handicap, mais un fort avantage concurrentiel. Plutôt que de conquérir des colonies par les armes, les capitalistes suisses ont su habilement conquérir leurs marchés, en bénéficiant d’un appui décisif de l’appareil diplomatique.

La politique de neutralité a historiquement permis aux capitalistes de :
  • Faire des affaires avec tout le monde

La neutralité permet à la Suisse de développer des relations économiques avec toutes les puissances belligérantes en cas de guerre. Parce qu’elle n’est pas liée à des alliances militaires durables, la Suisse dispose d’une grande flexibilité diplomatique. Elle peut coopérer avec différentes puissances simultanément et faire avancer ses intérêts économiques indépendamment des conflits. Ainsi, pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les milieux économiques suisses ont continué à entretenir d’étroites relations avec l’Allemagne nazie tout en préservant leurs liens avec les Alliés.

La neutralité a aussi justifié une longue tradition d’indépendance vis-à-vis des organisations internationales, qui a permis à la Suisse d’échapper à l’applications de régimes de sanctions économiques et préserver ainsi ses intérêts privés. L’exemple de l’Afrique du Sud de l’apartheid est particulièrement frappant. Alors que de nombreux États participent au boycott international du régime raciste d’apartheid, la Suisse refuse de s’y associer. Cette position permet notamment à la place financière helvétique de s’imposer dans le commerce de l’or sud-africain.

  • Alimenter une image de la Suisse comme un petit pays inoffensif

La neutralité procure également à la Suisse un fort capital symbolique auprès des bourgeois des pays de la périphérie. Parce qu’elle est perçue comme un acteur « neutre », la Suisse s’est souvent vu confier la représentation diplomatique d’États ayant rompu leurs relations. Plus d’un millier de mandats de ce type ont été assumés au cours de l’histoire. Cette position privilégiée permet aux autorités et aux entreprises suisses d’acquérir une connaissance fine des situations locales, de développer des réseaux d’influence et de renforcer leur présence économique.  Autrement dit, la neutralité inspire de la confiance, qui permet ensuite de faciliter l’installation massive de ses multinationales à l’étranger. Les autorités helvétiques ont ainsi longtemps œuvré pour présenter la Suisse comme un acteur pour la paix, une image qui permet de détourner le regard sur le contrôle exercé par ses multinationales dans de nombreux marchés de la périphérie et les dégâts sociaux et environnementaux qu’elles y laissent.

  • Développer le paradis fiscal

Enfin, la neutralité est une politique bon marché. Parce qu’elle n’implique ni empire colonial ni armée de projection internationale, elle permet à la Suisse de maintenir ses dépenses militaires relativement basses. Cette situation a contribué tout au long du XXe siècle à maintenir une fiscalité avantageuse pour les grandes fortunes et les entreprises, participant ainsi à la construction du paradis fiscal suisse. La place financière helvétique s’est développée précisément grâce à cette combinaison : stabilité politique, neutralité diplomatique et fiscalité avantageuse. Le capitalisme suisse a ainsi acquis un caractère particulièrement rentier et parasitaire, fondé sur le détournement de ressources fiscales grandement nécessaires pour doter les services publics des pays de la périphérie. En effet, des centaines de multinationales étrangères ont choisi d’établir des sièges, holdings ou filiales en Suisse afin d’y transférer une partie de leurs bénéfices réalisés dans les pays de la périphérie. Ce mécanisme a des conséquences dramatiques : d’un côté, il prive les pays pauvres de ressources publiques indispensables pour financer leurs systèmes de santé, d’éducation ou leurs infrastructures ; de l’autre, il permet aux grandes entreprises d’accroître encore davantage leurs profits. S’il est difficile de quantifier précisément l’ampleur de cette prédation fiscale, les estimations existantes évoquent des montants de l’ordre de 50 à 100 milliards de dollars par an, voire davantage, qui sont ainsi soustraits aux pays de la périphérie grâce au paradis fiscal helvétique.

À cela s’ajoute le rôle historique de la place financière suisse dans l’accueil des fortunes des classes dirigeantes des pays dominés. On estime que les avoirs provenant des pays du Sud déposés dans les banques suisses représentent plusieurs milliers de milliards de dollars. Les pertes fiscales induites pour ces pays pourraient atteindre 150 milliards de dollars par an. Pour mesurer l’ampleur de ces chiffres, il suffit de les comparer aux budgets publics des pays concernés. En 2024, l’État du Sénégal, qui compte environ 17 millions d’habitants, a consacré environ 450 millions de dollars à la santé publique. Les pertes fiscales engendrées par le paradis fiscal helvétique représentent ainsi l’équivalent de plus de trois cents fois ce budget. Autrement dit, les sommes drainées vers la place financière suisse correspondent à des ressources qui pourraient financer les systèmes de santé de milliards de personnes vivant dans les pays les plus pauvres de la planète.

  • Faciliter l’expansion des multinationales dans des pays autoritaires

L’impérialisme suisse n’a pas pris la forme classique de la conquête territoriale. Il s’est développé dans l’ombre des grandes puissances coloniales, à travers la prédation fiscale, l’implantation de multinationales pour y exploiter des ressources et de la main-d’œuvre dans les pays de la périphérie. En installant massivement des filiales dans ces pays, les entreprises suisses ont fondé une partie de leur prospérité sur l’exploitation d’une force de travail à bas coût – souvent soumise à une répression brutale – et sur l’accaparement des ressources naturelles. Une partie importante des profits ainsi générés est ensuite rapatriée en Suisse, où elle bénéficie de conditions fiscales particulièrement avantageuses. En 2024, la Suisse occupait le 7ᵉ rang mondial en matière d’investissements directs à l’étranger en valeur absolue. Rapportée à sa population, elle était même, de loin, le premier investisseur direct à l’étranger au monde.

Le poids économique des entreprises suisses à l’étranger leur a souvent permis d’exercer une influence considérable sur les trajectoires politiques de certains pays, voire de participer directement à l’élaboration de politiques favorables à leurs intérêts. L’État suisse a accompagné ce mouvement d’expansion en mettant sa diplomatie au service des entreprises helvétiques et en entretenant des relations privilégiées avec des régimes autoritaires, coloniaux ou criminels lorsque cela servait les intérêts du capital suisse.

La neutralité a joué un rôle fondamental dans ce processus. Elle a fourni aux autorités suisses une légitimité particulière pour développer des relations étroites avec des régimes que d’autres puissances auraient eu davantage de difficultés à fréquenter ouvertement. Cette position a permis aux entreprises helvétiques de profiter d’opportunités d’affaires dans des contextes marqués par l’autoritarisme et la répression sanglante des travailleur·euse·x·s.

L’initiative de l’UDC : une offensive militariste déguisée

L’UDC présente son initiative comme un projet de paix et d’indépendance. En réalité, elle s’en sert pour relancer un vaste agenda de réarmement et de militarisation de la société suisse. Derrière le slogan de la « neutralité armée » se cache une revendication claire : davantage d’armes, davantage de soldats et davantage de moyens pour l’armée et les services de renseignement. Le comité d’initiative revendique d’ailleurs explicitement le « retour d’une armée forte ».  Cette orientation est profondément contradictoire. Comment prétendre défendre l’indépendance nationale tout en soutenant l’achat des avions de combat F-35, dont le fonctionnement dépend largement des États-Unis et dont la maintenance reste sous contrôle américain ?

Mais les ambitions de l’UDC vont bien au-delà du simple renforcement de l’armée. Le parti réclame :
  • Une augmentation massive des dépenses militaires, jusqu’à atteindre au moins 1 % du PIB

  • Une hausse des effectifs de l’armée à 120 000 soldats à court terme, puis à 200 000 à moyen terme

  • Le renforcement des services de renseignement et de surveillance

  • La remise en cause du service civil, jugé « trop attractif »

  • L’extension des obligations de servir

  • Le développement de l’industrie suisse de l’armement

  • Le renforcement du port d’armes citoyen

Loin d’être un projet de paix, cette initiative sert de tremplin à l’ensemble de l’agenda nationale, xénophobe et sécuritaire de l’UDC. L’UDC associe d’ailleurs explicitement les questions militaires à la lutte contre l’immigration, qu’elle présente comme une menace pour la sécurité intérieure. La « neutralité armée » devient ainsi le prétexte à un renforcement généralisé de l’appareil sécuritaire. Historiquement, la « neutralité armée » n’a jamais eu pour seule fonction de protéger le territoire suisse. Elle a également servi à renforcer la cohésion nationale autour des intérêts des classes dirigeantes, à promouvoir le nationalisme et à légitimer des dépenses militaires considérables. En prétendant défendre la neutralité, l’UDC cherche en réalité à renforcer l’identification des classes populaires aux intérêts de l’État et du patronat suisse.

Refuser cette initiative ne signifie pas soutenir l’OTAN ou les grandes puissances occidentales. Nous rejetons toutes les formes d’impérialisme, nous refusons la logique des blocs militaires et des rivalités entre grandes puissances. L’alternative n’est pas entre l’OTAN et la neutralité armée.

Penser qu’il serait possible de soutenir cette initiative en lui donnant un contenu plus progressiste ou plus pacifiste relève de l’illusion. Cette initiative s’inscrit entièrement dans une logique de défense nationale armée au service du capital suisse.

Il n’existe donc pas de soutien progressiste à cette initiative.

On ne combat pas le militarisme en renforçant l’armée. On ne combat pas les logiques de blocs en soutenant un projet porté par les principales forces militaristes du pays. Et on ne défend pas la paix en offrant à l’UDC un nouvel instrument pour justifier le réarmement, le nationalisme et le durcissement sécuritaire !

Plus d’argent pour l’armée, moins pour les services publics

Cette offensive intervient alors que les gouvernements cantonaux multiplient les politiques d’austérité. Chaque franc investi dans l’armée est un franc qui manque aux écoles, aux hôpitaux, au logement, aux transports publics ou à la transition écologique. L’UDC propose de consacrer jusqu’à 1 % du PIB à l’armée, soit plusieurs milliards supplémentaires. Pendant ce temps, les salaires stagnent, les primes d’assurance maladie explosent et les services publics sont soumis à des coupes budgétaires permanentes. Nous voulons plus de services publics, pas plus d’armes ! Au choix du militarisme, nous opposons celui de la justice sociale !

Le 27 septembre, disons NON à l’initiative « pour une Suisse neutre et indépendante» !

Lausanne, le 19 août 2026

Dénonçons l’extractivisme et l’impérialisme mortifère

Du 20 au 22 avril prochain, aura lieu comme chaque année le Global Commodities Summit au Beau-Rivage Palace à Lausanne.

Organisé par le Financial Times, ce sommet réunit des dirigeant·e·x·s d’entreprises de négoce, des représentant·e·x·s de milieux financiers ainsi que des personnalités politiques. Stop Pillage appelle à se mobiliser contre le sommet organisé par le Financial Times à Lausanne comme point de départ pour dénoncer l’impérialisme suisse dans son ensemble !

L’impérialisme suisse n’a pas pris le visage d’une puissance militaire coloniale. Il s’est développé dans l’ombre des États qui ont colonisé par la violence une grande partie du monde. Il repose sur la domination des marchés de la « périphérie » par l’exportation de capitaux et l’implantation massive de multinationales suisses, aujourd’hui encore dominantes dans des secteurs clés comme la chimie-pharma, l’agroalimentaire, l’industrie ou l’extraction minière. En installant des filiales dans les pays de la périphérie, ces entreprises fondent leurs profits sur l’exploitation d’une main-d’œuvre bon marché et souvent réprimée, ainsi que sur le pillage des ressources naturelles, tout en rapatriant une partie des richesses vers la Suisse pour jouir d’une fiscalité au rabais. Or, leurs activités reposent sur l’exploitation déshumanisée des populations de la périphérie et le pillage de leurs matières premières. Ces mécanismes mettent en lumière la dimension raciale du système capitaliste pour lequel toutes les vies ne se valent pas. 

L’impérialisme helvétique participe directement du pillage des richesses des pays colonisés ou dominés. Le paradis fiscal suisse permet à des multimillionnaires de tous les pays de déposer leur argent sur des comptes numérotés en toute discrétion, favorisant ainsi l’évasion et la fraude fiscale. Le détournement de ressources fiscales dans les coffres helvétiques prive les autres pays de sommes indispensables au financement de leurs services publics, voire à la satisfaction de besoins essentiels. En attirant ces capitaux, les banques suisses contribuent non seulement à accentuer les inégalités, en particulier au détriment des pays de la périphérie, mais elles reprêtent en plus à leur tour une partie de ces sommes aux pays dont elles proviennent et s’enrichissent ainsi en percevant des intérêts souvent usuraires. 

Le forum Stop Pillage sera l’occasion de dénoncer ce parasitisme. Nous demandons, la fin de l’extractivisme et de l’impérialisme – et de la violence raciale qu’il impose – le démantèlement des géants suisses du trading et du paradis fiscal helvétique, le droit à l’autodétermination des peuples et celui de disposer de leurs ressources. Mobilisons-nous pour un autre modèle économique fondé sur la justice sociale et climatique !

Lausanne, le 19 août 2026